Nature morte, Still life ou Stilleven

Les Natures mortes de Pieter Claesz et Willem Claesz Heda

Pieter Claesz-Nature morte avec huitres

Pieter Claesz-Nature morte avec huitres

 

C’est une nature morte qui représente une table dressée pour une collation légère d’huitres et de pain. Au premier plan, dans une assiette en argent, un citron à demi dénudé et un couteau au manche ciselé. A l’arrière-plan, deux huitres fermées, un éclat de coquille dont la nacre est visible et une assiette en étain qui contient sans doute du poivre. Entre deux, un verre couché, un petit pain à la mie blanche dévoilée et, sur la gauche, un grand verre à demi rempli d’un liquide pâle et doré, bombé comme une coupole inversée et au pied large et cylindrique orné de pastilles de verre. La gamme chromatique va du jaune à l’ébène. le fond est d’or mat, un peu sale.

– C’est une copie, dit derrière moi un M. Ozu que j’ai complètement oublié  

Extrait  de « l’élégance du hérisson » de Muriel Barbery

Que d’émotions à la lecture de ce livre, ou peut-être en regardant le film  (adapté en 2009 ) : je ne parle pas de « l’héroïne » , Renée, la cinquantaine bien avancée, qui cache sous des abords de  concierge  peu sympathique, une intelligente brillante et une grande culture. Mais ici ce sont les références artistiques dont je fais référence.

Inutile de rivaliser pour exprimer les sentiments que suscitent la vue de ces scènes peintes, je vous laisse lire la suite :

 

Quelle congruence?

D’où vient l’émerveillement que nous ressentons dans certaines œuvres? l’admiration y nait au premier regard et si nous découvrons ensuite, dans la patiente obstination que nous mettons à en débusquer les causes, que toute cette beauté est le fruit d’une virtuosité qui ne se décèle qu’à scruter le travail d’un pinceau qui a su dompter l’ombre et la lumière et restituer en les magnifiant les formes et les textures – joyau transparent du verre, grain tumultueux des coquilles, velouté clair du citron -, cela ne dissipe ni n’explique le mystère de l’éblouissement premier.
C’est une énigme toujours renouvelée : les grandes œuvres sont des formes visuelles qui atteignent en nous à la certitude d’une intemporelle adéquation. L’évidence que certaines formes, sous l’aspect particulier que leur donnent leurs créateurs, traversent l’histoire de l’Art et, en filigrane du génie individuel, constituent autant de facettes du génie universel a quelque chose de profondément troublant. Quelle congruence entre un Claesz, un Raphaël, un Rubens et un Hopper? En dépit de la diversité des sujets, des supports et des techniques, en dépit de  l’insignifiance et de l’éphémère d’existences toujours vouées à n’être que d’un seul temps et d’une seule culture, en dépit encore de l’unicité de tout regard, qui ne voit jamais que ce que sa constitution lui permet et souffre de la pauvreté de son individualité, le génie des grands peintres a percé jusqu’au cœur du mystère et a exhumé, sous diverses apparences, la même forme sublime que nous cherchons en toute production artistique. Quelle congruence entre un Claesz, un Raphaël, un Rubens et un Hopper? L’œil y trouve sans avoir à la chercher une forme qui déclenche la sensation de l’adéquation, parce qu’elle apparaît à chacun comme l’essence même du Beau, sans variations ni réserve, sans contexte ni effort. Or, dans la nature morte au citron, irréductible à la maestria de l’exécution, faisant jaillir le sentiment de l’adéquation, le sentiment que c’est ainsi que cela devait être disposé, permettant de sentir la puissance des objets et de leurs interactions, de tenir dans son regard leur solidarité et les champs magnétiques qui les attirent et les repoussent, le lien ineffable qui les tisse et engendre une force, cette onde secrète et inexpliquée qui naît des états de tension et d’équilibre de la configuration – faisant jaillir, donc, le sentiment de l’adéquation, la disposition des objets et des mets atteignait à cet universel dans la singularité : à l’intemporel de la forme adéquate.

 Extrait  de « l’élégance du hérisson » de Muriel Barbery

 

Je m’attarde donc ici pour présenter  2 peintres de natures mortes qui ont marqué le siècle d’or hollandais et qui m’impressionnent par leurs peintures et leurs compositions

Pieter Claesz

Pieter Claesz est né aux alentours de 1596-1597  , il fait son apprentissage à Anvers ; c’est du moins ce que suggèrent des similitudes stylistiques entre ses œuvres les plus anciennes et celles, surtout, de Clara Peeters (une des rares femmes peintre à l’époque)  et il nous a laissé une production importante de natures mortes. Ses compositions étaient considérées comme novatrices et  originales. À partir de 1628, une sérieuse concurrence apparaît à Haarlem entre Pieter Claesz et Willem Claeszoon Heda, lequel s’inspirait fortement de lui et le suivait de près dans toutes ses innovations.
Claesz cherchera à donner une meilleure cohésion à la composition : utilisation de diagonales entrecroisées, chevauchement des objets, recherches sur les perspectives.  Petit à petit  le choix des objets  représentés va se restreindre au point de les retrouver dans beaucoup de tableaux : citrons sur un plat d’étain, verre de bière, olives ou harengs fumés et l’arsenal du fumeur : brasero, pipes, blagues à tabac en cuivre et qui donne aux  tableaux cette impression de vivre la scène dans l’instant.
On retrouve d’ailleurs les mêmes objets dans les peintures d’autres peintres de l’époque, comme Claesz Heda

 

Willem Claeszoon Heda

Willem Claeszoon Heda (il signe en abrégeant son prénom en Claez.), 1594-1680
Heda travailla toute sa vie à Haarlem et fut le président de la Guilde de Saint Luc, mais la fin de sa vie est assez peu connue. Heda eut de nombreux élèves dont son fils Gerrit Willemz Heda (actif entre 1642-1702).
Sa peinture montre son excellence dans le rendu des reflets et dans la qualité de la reproduction de la surface des objets. Les natures mortes de Heda ont souvent une composition en forme de triangle, dans laquelle les objets les plus haut sont placés sur un côté. Heda utilise assez peu de couleur dans ses peintures qui semblent presque être des monochromies. Heda utilise souvent les mêmes objets dans ses tableaux. Il montre, dans ses œuvres d’avant 1635, l’influence de Pieter Claesz.

 

 

 

à suivre

je parlerai de certaines toiles, de certains objets , de la symbolique …. et aussi d’autres choses