Dans les années 1750, Antoine Dezallier, naturaliste et  critique d’art a écrit plusieurs ouvrages sur la vie des peintres. On trouve, dans son abrégé une brève biographie accompagnée de quelques réflexions sur le caractère de chaque artiste, ainsi qu’une liste non exhaustive des œuvres. Je ne sais si ces écrits s’appuient sur de véritables recherches historiques ou sont proches d’un griffonneur de babillard mais les anecdotes ne manquent pas.

L'histoire du couple

Outre la renommée que l’artiste a inspiré au dela des frontières allemandes, Dezallier nous raconte qu’après sa formation, le jeune Dürer a d’abord parcouru la Flandres , l’Allemagne et l’Italie durant quatre années avant de rentrer au pays pour épouser Agnes Frey. C’est le père d’Albert qui a estimé que son fils devait se marier et il a lui-même choisi l’épouse.

C’est probablement juste avant ce mariage imposé que Dürer a esquissé sa fiancée, saisissant son humeur pensive en quelques coups de crayon, il inscrivit amoureusement : « Mon Agnès ». 

Dessin de Durer 1494

C’est une enfant que l’artiste a croqué ici, elle doit avoir 18 ans. L’intimité de ce dessin est assez inhabituelle, montrant la jeune femme  à un moment où elle se croyait visiblement inobservée.

C’est le premier portrait connu d’Agnès fait par Albert (1494), on pense qu’elle a servi plusieurs fois de modele au peintre notamment pour le tableau de Ste Anne.

C’est à peu près à la même époque qu’il a peint son autoportrait au chardon (Louvre), un cadeau pour sa future épouse. (voir copie faite au Louvre

Mais l’auteur du livre nous présente ce mariage sous un autre jour : 

De retour dans son pays, il eut le malheur d’épouser une femme qui par sa mauvaise humeur lui rendit la vie bien désagréable : elle le pressait si vivement de travailler, qu’à peine lui laissait elle le temps de prendre ses repas.

L’humeur insupportable de son épouse l’obligea de faire un second voyage en Hollande.

A son retour elle continua à le chagriner. Ne pouvant corriger son caractère, Albert en conçut tant de déplaisir qu’il en mourut à l’âge de 57 ans.

Portraits moins avenants

dessin d'Agnes Durer 1521
dessin d'Agnes Durer 1521
Portrait D'Agnes Frey , dessin de Durer

Critique ou éloge de son travail

L’historien nous présente joliment l’artiste : 

Ce grand peintre fut l’homme de son temps le mieux fait, une heureuse physionomie, des manières nobles et une conversation agréable donnaient un nouveau lustre à ses rares talents

Il était très apprécié de ses confrères.

Mais il est très critique sur le travail de Dürer, qui est, de nos jours, une des plus belle référence sur le plan artistique. Il suffit de regarder ses œuvres comme par exemple la touffe d’herbe, la mélancolie ou un de ses autoportrait (en HD)

aquarelle, touffe d'herbes, Albrecht Dürer
Grande touffe d'herbes de Dürer - 1503
Autoportrait à 26 ans d'Albrecht Dürer
gravure d'A. Dürer, Mélancholie

… quoique son goût un peu sec, que son choix soit médiocre dans la partie de l’expression, et qu’il ait beaucoup négligé la perspective dans la dégradation des couleurs, des jours et des ombres , on ne peut néanmoins lui contester d’avoir été le plus grand peintre de son pays.

Il semble que Durer était aussi critiqué pour son manque d’observation de l’habillement:

Il habille à l’Allemande la Vierge et les femmes qui l’accompagnent dans un de ses tableaux, et dans un autre il donne aux Juifs des barbes et des moustaches comme à des Allemands.

Voilà qui est dit! et l’auteur en va ainsi de ses réflexions et critiques pour tous les artistes… 

Catégories : artistesGallica

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