sapin

sapin, dessiner un arbre

Etude d’une silhouette de sapin
Gallica

Les sapins sont des arbres résineux à feuillage toujours vert ; ils sont très grands et terminés pyramidalement. Leur tronc est droit et uni jusqu’à leur sommet, et les branches s’articulent après à angle droit ; par conséquent elles s’avancent dans une direction horizontale ; mais comme ces branches sont souvent très chargées de feuilles, elles plient sous leur propre poids et retombent vers la terre ; à leurs extrémités les jeunes pousses cherchent toujours à s’élever: il en résulte que les branches se contournent et présentent dans leur forme un aspect très varié. Ces branches ainsi que le tronc sont revêtus d’une écorce blanchâtre, sèche et friable. Les feuilles sont longuettes, planes, émoussées, échancrées par le bout, assez souples et rangées des deux côtés d’un filet ligneux ainsi que les dents d’un peigne.

Les jeunes sapins ont souvent leurs branches inférieures tombantes et traînant sur le terrain, comme dans la planche ci-jointe ; mais, à mesure qu’ils gagnent en hauteur , ces branches se dessèchent et meurent, et il n’est pas rare de rencontrer des sapins fort hauts dont les branches les plus proches du sol en sont éloignées de cinquante et même de soixante pieds.

Ce bel arbre, qui par son feuillage et son port contraste avec tous les autres arbres , habite de préférence les lieux élevés, les hautes montagnes ; c’est là, dans les endroits les plus arides, qu’il aime à croître ; il brave les vents, les neiges et les frimas, et sert à protéger les lieux voisins contre les tempêtes ; il insinue ses racines dans les fissures de rochers , et sait y trouver un appui et la subsistance ; cependant, quoiqu’il paraisse se plaire davantage dans les régions élevées, même au dessus des pins et des mélèzes, et qu’il pousse communément à neuf cents toises au dessus du niveau de la mer, on le trouve aussi dans les lieux bas, dans les plaines ; et soit par les soins des hommes, soit de lui-même, le sapin s’y est naturalisé de proche en proche, et il y forme de belles forêts, moins majestueuses peut-être que celles des montagnes.

Un sol léger, un climat froid et humide lui convient ; il est très commun en Suisse, en Allemagne, dans les environs de Strasbourg , en Auvergne, en Normandie, dans les Alpes, etc. Dans l’Amérique septentrionale il couvre des espaces immenses; il croît dans le Levant. Tournefort fait mention dans ses voyages des sapins du mont Olympe , et il en parle comme des plus beaux arbres qu’il ait vus en Orient. On a aussi entendu parler des grands sapins de la Chine.

Ces arbres croissent promptement et deviennent très hauts ; un sapin de cinquante ans a souvent un pied de diamètre et cent-vingt de hauteur ; nous en avons vu dans le Jura, et surtout aux environs de la grande Chartreuse (Dauphiné) , qui étaient énormes; ils devaient avoir de cent soixante à cent quatre-vingt pieds. Pline, livre xvi, chapitre XL de son Histoire naturelle, cite un sapin d’une hauteur remarquable et de sept pieds de diamètre, c’est à dire vingt-un pieds de tour, lequel servit de mat au plus grand vaisseau que les Romains eussent encore vu en mer, et qui avait été construit pour transporter d’Egypte l’obélisque destiné au cirque du Vatican. Bomare dit (édit. de 1800) : « On voit encore sur le mont Pilât, dans le canton de Lucerne en Suisse, un sapin des plus remarquables ; de satige, qui a plus de huit pieds de circonférence, sortent à quinze pieds de terre neuf branches d’environ un pied de diamètre et six pieds de long ; de l’extrémité de chaque branche s’élève comme un sapin fort gros, de sorte que cet arbre imite un lustre garni de ses bougies. »

Le ton local de cet arbre est d’un beau vert noir ; mais comme il y a une grande quantité de feuilles mortes dans les masses qui sont très épaisses, il en résulte que le dessous des branches est d’une couleur chaude, terre de Sienne brûlée et bitume ; au printemps il est plus gai dans ces teintes, il se pare de couleurs riantes. Voici ce que Bernardin de Saint-Pierre en dit dans ses Etudes de la Nature : « A cette époque de l’année les sombres sapins même se festonnent du vert le plus tendre, et lorsqu’ils viennent à jeter de l’extrémïté de leurs ïameaux des touffes jaunes déterminées , ils paraissent comme de vastes pyramides toutes chargées de lampions.