vie de Frédéric Bazille par Gaston Poulain

 extrait de la revue Renaissance d’avril 1927

Source Gallica – Les photos ont été ajoutées

 

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Le fils de Gaston Bazille, sénateur de l’Hérault, est né Ie 6 décembre 1841. En 1859, Frédéric Bazille passait son baccalauréat es sciences. Quelques mois après, il entrait à la Faculté de Médecine.. Il aurait voulu s’adonner à la peinture, mais ses parents ne toléraient ceci que comme un passe-temps.

Lentement, l’idée d’aller à Paris s’imposait à l’étudiant comme un acte indispensable ; sentait-il que, là-bas seulement, il trouverait l’atmosphère nécessaire à la croissance de son talent ? Nous le supposons, si nous n’en avons point de preuve certaine. La Faculté de Médecine de Montpellier a toujours été une des premières du monde, Frédéric était heureux chez lui, pourquoi donc alors cette sorte d’exil, sinon le fait d’une volonté tendue vers l’art, que nulle affection n’entravera dans sa marche ?

Le 2 novembre 1862, il arrivait à Paris. Timide, il aurait passé inaperçu lors de son entrée à l’atelier Gleyre, si sa taille gigantesque ne lui avait attiré bien des quolibets : malgré son excellent caractère, il se sentait dépaysé dans ce milieu, si différent du sien, car les moqueries ajoutaient une amertume au désemparement qui le saisissait devant la solitude, inconnue jusqu’alors. Cette bohème, dont certains groupes étaient fréquentés par Mûrger, effarouchait ce coeur délicat, si semblable à celui de Félicien du « Rêve », que nous sommes persuadés de l’authenticité de la légende qui attribue au héros d’Emile Zola la personnalité même de Frédéric Bazille.

S’il retrouva à la Faculté quelques relations de collège, Bazille ne découvrit pas, à l’atelier, lamoindre sympathie. Il s’ensuivit que, séparé de ceux qu’il aimait, son tempérament et sa religion lui faisant mépriser les distractions sentimentales de Paris, une nostalgie lui vint, dont rien ne le distrayait. Alors les évocations de son passé s’imposèrent à lui : il revit, d’autant plus nettement qu’il se trouvait plus isolé, son foyer, sa terre natale ; ainsi la lumière méridionale, qui sertissait ses souvenirs, se présentait continuellement à son esprit, et s’établissait en lui, éblouissante, écartant à jamais de sa vision l’influence des vues brumeuses et grises de Paris. Il cachait à ses parents, par pudeur et bonté, sa mélancolie. Ses regrets sont à peine formulés, sa sensibilité ne va pas jusqu’au mélodrame et il ne s’exprime clairement qu’une seule fois : J’ai un peu le mal du pays, j’ai bien envie de vous voir ainsi que mes amis et la campagne, j’ai une indigestion de murailles et de rues. Ces murailles et ces rues produisirent une réaction chez Frédéric Bazille, un amour inconcevable de tout ce qui manquait à la capitale, amour qui, grandissant parallèlement à ses qualités de dessin et à l’intérêt suscité en lui par un mouvement d’art naissant et encore mal défini, allait aboutir normalement à ses premières tentatives de peinture en plein air.

Atelier de Bazille à Paris

Les mois passaient, presques monotones, il avait barbouillé à l’huile sa première toile, une copie de Rubens et travaillait de plus en plus ; cependant, ayant à préparer des examens de médecine, il se plaignait de ne pouvoir dessiner selon ses désirs. IL attendait impatiemment le retour de l’été pour peindre des figures au soleil.

Il ne faisait à l’atelier que des connaissances, jusqu’au jour où il parlera, en 1863, d’un jeune homme du Havre nommé Monet. Un autre, perdu de vue, et Monet devenaient bientôt les seuls élèves de mon atelier que je fréquente assidûment, ils m’aiment beaucoup et je le leur rends.

Cette année 1863 marqua des progrès dans son oeuvre, grâce au voyage qu’il fit à Chailly, avec Claude Monet. Dans la forêt de Fontainebleau, les deux artistes travaillèrent côte à côte, joyeusement, Claude, l’aîné qui est assez fort en paysage donnant à Frédéric d’utiles conseils. A partir de ce moment Bazille, s’attachait à son art de façon éperdue : Vous serez peut-être étonnés, écrit-il, de me voir bien moins paresseux que par le passé, et il lui tardait d’être délivré de ses examens pour s’adonner exclusivement à la peinture. Plus de vingt fois, il visita le Salon et contempla des heures entières l’Exposition Delacroix, qui lui fit écrire : Vous ne sauriez croire combien j’apprends à regarder ces tableaux. Une de ces séances vaut un mois de travail. Assidu à l’atelier, il devenait plus sérieux, plus intransigeant pour luimême à l’exemple de ses intimes. Quant à ses examens de médecine, il les préparait, fournissant le labeur nécessaire sans aucune ardeur. Il aurait voulu quitter l’atelier Gleyre où le métier qu’on lui enseignait pouvait s’apprendre partout, mais l’inquiétude de son père à ce sujet retardait sa décision ; une discussion de Gleyre et de Monet brusqua les événements : Monet partit en traînant Bazille, Renoir et Sisley.

Copie de Véronèze par Bazille

Ce pas vers la liberté rapprocha Frédéric Bazille de son grand rêve de toujours : être peintre et rien que peintre ; sa volonté s’affermissait, désagrégeait la résistance paternelle. En juillet 1864, Claude Monet appela son ami à Honfleur : Ici, mon cher, c’est adorable, et tous les jours, je découvre toujours des choses plus belles. C’est à en devenir fou tellement j’ai envie de tout faire… je. suis assez content de mon séjour ici quoique mes études soient bien loin de ce que je voudrais ; c’est décidément affreusement difficile de faire une chose complète sous tous les rapports et je crois qu’il n’y a guère que des yeux qui se contentent d’à peu près. Eh bien, mon cher, je veux lutter, gratter, recommencer, car on peut faire ce que, l’on voit et ce que l’on comprend… tout cela prouve qu’il ne faut penser qu’à cela, c’est à force d’observation, de réflexion que l’on trouve, ainsi, piochons et piochons continuellement…Surtout, venez nous voir, jevous attends….

Frédéric rejoignit Claude et l’enchantement le gagna ; cependant, il souffrait d’être encore prisonnier de la médecine et il écrivait à ses parents : Dès notre arrivée à Honfleur, nous avons cherché nos motifs de paysages, ils ont été faciles à trouver: car ce pays est le paradis ; on ne peut voir de plus grasses prairies avec de plus beaux arbres… La mer ou plutôt la Seine élargie, donne un horizon délicieux à ces flotsdeverdure… je me lève tous les matins à cinq heures, et je peins toute la journée, jusqu’à huit heures du soir. Il ne faut pourtant pas vous attendre à ce que je rapporte de bons paysages, je fais des progrès… c’ est tout ce que je demande. J’espère être content de moi dans trois ou quatre ans de peinture. Il va falloir rentrer à Paris et me mettre à cette affreuse médecine que je déteste de plus en plus… si je suis reçu, jlaurais d’agrément de me trouver en face d’un examen pour lequel il me faudra au moins six mois d’hôpital, c’est-à-dire six mois de dégoût, si ce n’est autre chose…

Comme il le prévoyait, il échoua, en fut sincèrement ennuyé à cause de son père qui, comprenant la force de sa vocation, s’inclina bientôt devant la ferveur de ses voeux et autorisa son départ de la Faculté.

Les années pendant lesquelles Frédéric Bazille séjourna dans les amphithéâtres, les hôpitaux, si elles lui furent désagréables, eurent du moins l’avantage de le familiariser avec l’anatomie et ainsi de l’obliger à raisonner sur la construction de ses figures, puis, par suite, sur l’architecture de ses paysages ; disséquant des corps humains il les analysait, il lui devenait impossible de ne pas discerner l’organisation ‘sublime de tout être vivant.

Et ceci explique, avec son hérédité protestante, la sévérité de son style, tandis que son écoeurement des maladies, des plaies, des cadavres journellement approchés l’amenait à la peinture saine, une étoile exceptée, son premier chef-d’œuvre « l’ambulance improvisée ». Mais là, Frédéric Bazille a prouvé seulement quelle était sa bonté : Claude Monet ayant eu à Chailly, en 1865, un accident. Bazille, se remémorant son stage à l’Hôpital de la Charité, surmonta sa répugnance, soigna fraternellement son ami blessé, peignant dans sa chambre pour lui, tenir compagnie, le éprenant pour modèle afin de le faire tenir tranquille, et forçant, par ce stratagème charmant, l’exubérance de Claude à se résigner à l’immobilité, facteur principal de guérison.

Enfin, délivré de ses préoccupations scolaires, prenant de plus en plus goût à mes travaux de l’atelier qui feront, sinon l’honneur, du moins le bonheur de ma vie il commençait par une «femme nue couchée » (Musée de Montpellier) la série des toiles qui lui donneront des droits à la gloire.

L’année 1865 eut pour Frédéric Bazille nombre d’instants inoubliables ; il occupait, 6, rue Furstemberg un atelier et un appartement, loués en commun avec Monet, auprès duquel il travaillait la journée ; entière. Sortant souvent ensemble, Claude fut amené par Frédéric dans le salon du Commandant Lejosne où ils furent présentés à Edouard Manet. Cette joie fut suivie pour les deux amis d’une autre, non moins vive : l’accueil de Gustave Courbet. Très simplement, le maître d’Ornans et le Dieu d’Olympia admirent Claude et Frédéric dans leur intimité, et se prirent pour eux d’une affection loyale, émouvante, immuable. Manet sera même le premier à rendre hommage à la mémoire du pauvre méconnu, en faisant figurer, dans ce but, aune exposition le portrait de Bazille par Renoir qu’il gardait alors jalousement.

Claude Monet songeait à peindre une oeuvre exceptionnelle, à  imposer par un argument puissant la compréhension du plein air ; dans cette intention il partit à Chailly ; Bazille toujours dévoué, lui avait promis d’aller lui servir de modèle, sa présence devait aussi guider Claude, le soutenir lors de son gigantesque effort. J’ai bien envie que vous soyez-là, je voudrais avoir votre avis sur le choix de mon paysage pour mes figures. J’ai quelquefois peur de me mettre dedans. Pour deux personnages, Frédéric posa et Claude créa «le déjeuner sur l’herbe ». Lorsque Monet n’avait pas besoin de lui, Bazille peignait ; il rapporta, outre L’ambulance improvisée, le Paysage à Chailly (Luxembourg) et d’autres études, aujourd’hui égarées, qui firent l’admiration de Renoir. Son dessin s’affermissait, ses’- volumes s’équilibraient et surtout ses couleurs s’éclaircissaient de jour en j our. La jeune fille assise dans un parc (Luxembourg) dont la joue et le bras ont été retouchés par un photographe maladroit, fait déjà pressentir La réunion de famille et La vue de village.

 

L’ambulance improvisée

Chaque été, Bazille retournait à Montpellier ; la crudité de la lumière languedocienne ne tolérant pas qu’un revêtement atmosphérique, sinon déformateur, du moins, élément d’indécision, puisse atténuer l’exactitude de l’aspect des hommes et des paysages, Frédéric Bazille se soumettait aux exigences de l’implacable soleil. Nulle brume ne lui brouillait la vue, l’air sec, d’une transparence parfaite, définissait toute structure sous son enveloppe, avec une franchise terrible, avivant les perspectives, clarifiant les couleurs, intensifiait son énergie, sa sincérité.

Aigues morte

Tandis que Monet achevait Le déjeuner sur l’herbe Bazille peignait des poissons et la jeune fille au piano qu’il présenta au Salon de 1866 ; la première toile fut admise, et la seconde, perdue comme tant d’autres, refusée. A ce propos, il est curieux de lire la profession de foi que Bazille adressait à sa mère avant de tenter le Salon et après avoir reçu les compliments de Courbet : J’ai cherché à peindre de mon mieux un sujet aussi simple que-possible. A mon avis, le sujet importe peu, pourvu que ce que j’ai fait soit intéressant au point de vue peinture. J’ai choisi l’époque moderne parce que c’est celle que je comprends le mieux et que je trouve la plus vivante pour des gens vivants et voilà ce qui me fera refuser. Si j’avais fait des Romaines ou des Grecques, je serais bien tranquille car nous en sommes encore là, on apprécie certainement les qualités que ma peinture peut avoir dans un péplum ou un trepidarium, mais on me refusera, j’en ai bien peur, ma robe de satin dans un salon… Les avis sur mon tableau sont diamétralement opposés, ce qui me fait grand plaisir… Si je suis reçu, je serai très certainement discuté et remarqué, tout le monde me le dit. et, ce qui me le fait croire, c’est que personne ne m’a jugé avec modération. Pourtant, il s’attendait à son échec et parlait de signer des deux mains une pétition pour demander une exposition des refusés. Ce crétin de public se moquera peut-être de moi, mais, au moins, je verrai mon tableau au milieu d’autres ce qui est la meilleure manière de voir ce qu’il y aura de bien ou de mal pour me corriger une autre fois.

Il fut aussi refusé au Salon de 1867.

S’il se jugeait avec sévérité, lui, dont Pissarro disait qu’il était un des plus doués parmi eux, refaisant de fond en comble ses tableaux, les regrettant à peine terminés, Bazille adorait les oeuvres de ses amis, trouvant Monet, comparé à Courbet, Corot, Diaz, Daubigny plus fort qu’eux tous poussant l’affection jusqu’à écrire : Monet m’est tombé du ciel avec une collection de toiles magnifiques… Avec Renoir voilà deux peintres besoigneux que je loge, c’est une véritable infirmerie, j’en suis enchanté. Pendant ce séjour, Renoir peignit un sobre et beau portrait de Frédéric (Luxembourg) qu’il offrit à Manet. Plus enjoué, plus gouailleur que Claude Monet, toujours digne et farouche, Renoir dans les quelques lettres à Bazille que nous possédions se montre bien l’auteur de Lise et des couples tendres, émus de vivre en souriant, du Moulin de la Galette. J’attends tes chefs d’oeuvre, je pense t’éreinter beaucoup quand ils vont arriver. Je suis presque toujours chez Monet ousqu’on se fait entre parenthèses assez vieux; on ne bouffe pas tous les jours; seulement je suis tout de même content parce que pour la peinture, Monet est une bonne société. Je fais presque rien parce que j’ai pas beaucoup de couleurs.:. Dans le petit cercle, la misère grandissait : Bazille, un peu plus riche que ses amis, les aidait discrètement, et, à l’époque où Monet ne trouvait pas un acquéreur pour ses toiles, il lui acheta 2.500 francs les Femmes au Jardin.

Frédéric ne cessait plus de travailler ; il peignait en 1867 le second de ses chefs-d’oeuvre La réunion de famille (Salon 1868, Luxembourg). Exécutant tout en plein air, Bazille, là, se cherchait encore, coudoyait Manet en certains morceaux brutaux, adoucis par une ambiance bleutée, dévoilait par extraordinaire un côté hautain de son caractère, inconnu de nous, juxtaposait la fermeté de sa main à la sérénité de sa vision, s’astreignait à géométriser les moindres masses, respectant jusqu’à l’essence des plus lointaines végétations. Son admission au Salon l’étonna : Presque tous mes amis sont refusés, ma toile sera passée par mailles, il est probable qu’on se sera trompé: J’espère qu’elle sera vue. Je souhaite qu’elle soit éreintée. A la fin de 1868, il avait à son actif le Jeune homme jetant V êpervier refusé au Salon de 1869, et encore un chef-d’oeuvre, dont l’unité fait la splendeur La vue de Village (Salon de 1869 —M. de Montpellier) où l’artiste de vingt-sept ans atteint, par sa raison formidable, exaltante et sublime • la magnificence du génie.

D’Honfleur où il vivait de plus en plus, Claude Monet poussait son ami au travail acharné, l’exhortait à délaisser la turbulence de Paris, ce qui lui convenait si bien à lui : Mon désir serait de rester toujours ainsi dans un coin de nature bien tranquille. Je vous avoue que je ne vous envie pas d’être à Paris ; franchement, je crois que l’on ne peut rien faire dans un pareil milieu, ne croyezvous pas qu’à même la nature, seul, on fasse mieux ? Moi, j’ensuis sûr, du reste j’ai toujours pensé ainsi et ce que j’ai fait dans ces conditions a toujours été mieux. On est trop préoccupé de ce que l’on voit et de ce que l’on entend à Paris, si fort que l’on soit et ce que je peins ici aura le mérite de ne ressembler à personne, du moins, je le crois, parce que ce sera simplement Vexpression de ce que j’aurai ressenti, moi, personnellement. A Paris, en effet, l’on s’occupait déjà de ces jeunes révoltés, mais pour s’en moquer, stupidement et méchamment : les jurys à leur égard, devenaient plus impitoyables, leur conduite dictée par l’attitude de Gérôme, de Bouguereau, parfois de Cabanel, qui, pourtant, défendit un jour son concitoyen Bazille, dont il devait, inconsciemment, recouvrir le nom de sa célébrité clinquante et vaine. Engendrant quelques colères, plus tard multipliées et déchaînées, les toiles du groupe, alors anonyme, croissaient en nombre et en valeur ; les Frédéric Bazille d’une solidité plus grave que les Renoir ; Monet, Sisley, Pissarro, d’une luminosité plus ardente que les Courbet, les Manet.

En 1869 Bazille a posé pour un portrait qu’il ne savait pas devoir être sa suprême image L’atelier aux Batignolles de Fantin-Latour. Aux environs du 10 août 1870, la guerre a été déclarée le 18 juillet, sa vie d’artiste était abolie ; il s’engageait dans les zouaves, l’arme la plus dangereuse, et rejoignit, dès qu’il le put, son régiment d’attaque. Inactif, il s’impatientait, il voulait se battre, mais fièrement il se taisait sur les regrets qu’il éprouvait de ne plus peindre. Pourtant, nul plus que lui ne raffolait de la peinture, nul ne vibrait plus devant la nature, lui qui, regardant le Rhône, écrivait à quinze ans : « On dirait du bleu de Prusse qui coule, lui qui écrivait aussi un mois avant de mourir l’herbe des près où nous passons perd sa couleur, nous faisons autant de mal que les Prussiens.

Le 28 novembre, montant à l’assaut de Beaune la Rolande, il s’écroula ; peu après ses camarades l’emportèrent, l’étendirent à côté d’un ruisseau, car ils voyaient bien que sa fin était proche et que le temps leur manquerait pour aller jusqu’aux ambulances.

Alors dans toute sa lucidité, il leur parla de ses parents leur donna l’argent qui lui restait, tandis qu’eux pleuraient autour de lui. Il n’agonisa presque pas, survivant seulement deux heures à ses blessures.

L’art ne connaît point de générations spontanées ; dire que Frédéric Bazille ne se rattachait à personne serait une sottise, dire qu’il fut un amalgame de Manet et de Claude Monet, démontrerait une ignorance totale de son oeuvre. Il ne doit pas ‘plus à Manet que celui-ci ne devait à Goya et sa dette envers Claude Monet égale celle de Monet envers lui-même ou envers Boudin.

Sur un écran, artificiellement éclairé, tour à tour s’étendaient les génies synthétisant les pays et les siècles. Soudain, des jeunes gens ont surgi que les falsifications révoltent, ils affrontent les malédictions, les injures, la misère, créent la science de la lumière.

Transfiguré, l’écran a resplendi où désormais pourra se dérouler jusqu’au paroxysme le film impressionniste.

Le Languedoc constituait en Frédéric Bazille un élément souverain de propulsion. GASTON POULAIN.