hetre-silhouette

dessiner un hêtre

cours sur le paysage, le hêtre
gallica

Cet arbre est très commun dans les forets ; il est de première grandeur et produit un très bel effet par la majesté et la régularité de son port. Son tronc est droit, assez épais, revêtu d’une écorce lisse de couleur ordinairement grisâtre; mais ce ton est tellement varié suivant l’endroit qu’habite l’arbre, qu’il y en a de très clairs dans ceux qui se trouvent placés à la lisière des bois et dans les clairières, et de très foncés, presque noirs, tant leur couleur est vigoureuse, dans ceux de l’intérieur des forets ; cette écorce grise est taché d’un lichen blanc qui la recouvre par partie; par opposition ce lichen paraît plus blanc sur les troncs vigoureux que sur les gris-clairs. Il est aussi bien moins considérable sur les troncs foncés, sur lesquels on ne le trouve que par-ci par-là, et par taches rondes et ovales, tandis que ceux de la lisière des forêts en sont tellement couverts qu’ils en deviennent presque blancs. II est aussi à observer que ce lichen blanc se verdit en approchant de la base du tronc. Le hêtre a aussi son écorce recouverte par partie d’une mousse verte foncée, presque noire, glacée en dessus d’un beau vert brillant.

La base du tronc se termine par des côtes-racines qui interrompent sa grosseur et lui donne un air de solidité. Ces racines s’étendent souvent au loin sur la terre, y rentrant et ressortant plusieurs fois. Quelquefois le lierre monte après son écorce, s’y adapte, et forme des effets très piquants.

Les branches du hêtre sont obliques, se dirigeant de bas en haut, et formant avec le tronc de l’arbre un angle à peu près demi-droit. Elles sont articulées fortement par une attache volumineuse, qui rend souvent la tige principale plus grosse à l’attache d’une branche que plus bas ; ces branches étant longues et fort minces, leur poids les fait plier et retomber plus ou moins suivant la hauteur à laquelle elles se trouvent placées ; celles qui sont le plus bas ou le plus près de la terre retombent le plus, mais toutes se relèvent vers leur extrémité , qui se termine par des rameaux d’une grande finesse, ce qui donne à la silhouette de cet arbre une grande légèreté.

La couleur des branches est en général la même que celle du tronc, mais elle varie de teinte suivant l’heure du jour et la manière dont elles sont éclairées par le soleil ou qu’elles se trouvent dans l’ombre ; éclairées fortement par un jour vif, elles apparaissent de leur couleur naturelle; si les rayons du soleil viennent à les frapper elles en empruntent la couleur, ce qui les rend dorées à midi et rougeatres vers le moment du coucher de cet astre ; dans l’ombre, leur position les fait paraître de tons tout différents.

Celles placées vers les extrémités et reflétant le ciel sont bleuâtres; dans l’intérieur de l’arbre, elles sont verdatres par reflet du feuillage: cette couleur est d’autant plus prononcée qu’elles se trouvent plus assombries par de grandes masses.

On peut établir en principe que les arbres à écorce blanchâtre empruntent, réfléchissent les couleurs qui leur sont opposées, que par conséquent leurs branches dans l’ombre sous les feuilles doivent paraître verdatres, et qu’il faudra les représenter de cette couleur, si l’on veut les rendre vigoureuses sans qu’elles soient dures et discordantes; cette observation se retrouve dans les tableaux de Poussin, de Claude le Lorrain, de Ruïsdal et d’autres grands maîtres.

Les feuilles du hêtre sont un peu fermes, ovales, arrondies, longues de deux pouces au plus, un peu pointues, traversées de nervures obliques parallèles, et portées sur des pétioles courts; ces feuilles sont d’un vert luisant.