paysage n° 07

cours de paysage, dessin

Cours de paysage, composition de paysage

Composition d’un paysage
Ainsi l’exécution du feuillage et des arbres à gauche dans le second plan se ressentira sans doute de l’hésitation et de la touche inhabile du crayon qui n’a pas encore rencontré ce travail dans les précédentes leçons. Cependant la grande simplicité de ce petit paysage en fera un sujet d’étude profitable à presque tous les jeunes élèves. D’abord on remarquera la distribution des plans et les différents degrés de vigueur qui les caractérisent. Sur le devant et tout près du spectateur se trouve un vieux chêne dont les limites du cadre n’ont pas permis de représenter toute la stature ; mais aussi les détails et les accidents pittoresques du tronc qui est remarquable apparaissent nettement, et l’élève devra en profiter pour compléter ses études sur les arbres dépouillés de verdure et dont nous l’avons entretenu récemment.

Les racines qui sillonnent la terre autour de l’arbre, les plantes qui l’environnent seront le sujet de remarques utiles, et se rangeront naturellement à la suite des études proposées dans la série de fragments qui précède. Il n’est pas besoin de recommander de nouveau la franchise et la fermeté dans la touche de ces parties, ainsi que l’examen attentif de la forme des moindres détails ; c’est par ces moyens qu’on acquiert promptement cette facilité d’exécution réunie au caractère de vérité où doit prétendre le paysagiste. Il faudra donc ne pas négliger de rechercher les modifications dans la figure des détails de l’écorce qui font ressentir la rondeur de l’arbre, telles que ies raccourcis des rugosités, la diverse inclinaison des lignes à droite et à gauche, et dans les racines la courbure des petites hachures qui représentant leurs formes tourmentées ou les mouvements variés de l’écorce.

Avant de donner à ce premier plan toute la vigueur qu’il doit avoir, on s’occupera des autres parties du paysage. On couvrira d’une teinte bien entendue la maison placée derrière le tronc de chêne et qui en fait paraître en lumière le côté gauche, et de même la partie de chaumière sur laquelle ressort en clair la face fuyante de cette maison. Pour juger de l’ensemble du travail, on commencera également aussitôt les parties qui sont à gauche du site, dont on voilera d’abord l’esquisse légère d’une teinte uniforme qui servira à fondre les contours des lointains,et la silhouette des arbres. Le pont, qui sert comme d’intermédiaire entre le second plan et le lointain , conservera un ton léger dans la demi-teinte.
Pour réussir dans le dessin des arbres, autant qu’il sera possible à celui qui n’a pas encore de règles à cet égard, nous conseillons de faire par des lignes extrêmement légères les contours de ces arbres , sans songer d’abord au feuillé.
Quand cette esquisse paraitra présenter assez exactement la forme de ces contours, moins quelques feuilles isolées qui se détachent dans l’air et qui ne doivent pas faire partie de l’esquisse, on essaiera de représenter les détails du feuillage.

Ce sera par une suite de petits coups de crayon contournés, tantôt en forme de festons, tantôt interrompus par le passage d’une branche ou par une nouvelle série de demi-cercles irrégulièrement disposés. Ce travail, que nous ne pouvons soumettre aujourd’hui à aucun principe fixe, à cause du caractère trop peu marqué qu’il a dans le modèle, et de la distance déjà trop grande de ces arbres à la ligne de terre, n’aura qu’une importance secondaire ; et s’il est au-dessus des forces de l’élève, il n’en servira pas moins à le familiariser avec le crayon.

On reconnaîtra aisément que c’est au moyen de lignes horizontales plus ou moins pressées les unes contre les autres qu’on obtiendra une image assez vraie de la surface légèrement agitée des eaux et de l’abondance de lumière que réfléchissent les sinuosités de leur mouvement. On donnera quelque vigueur à ces lignes dans les endroits où se réfléchissent des objets voisins qui sont eux-mêmes fortement ombrés. Il pourrait arriver que les objets réfléchis fussent très éclairés ou de couleur brillante : alors on comprend que l’image dans l’eau serait représentée par des lignes très légères, et la surface de l’eau prendrait elle-même en ces endroits un ton plus clair.

Ce paysage, bien qu’il ne se déploie pas dans une grande étendue et qu’il ne soit qu’un croquis, offre déjà l’occasion de faire quelques remarques sur la composition des parties, et leur concours à l’unité de l’ensemble. C’est en laissant quelques endroits sur le premier plan dans une lumière pure à côté de toute la vigueur des ombres qu’on obtient un effet double, celui de faire comprendre le rapprochement des objets de ce premier plan et celui de repousser les autres à leur distance ; aussi a-t-on coutume d’appeler repoussoir ces parties vigoureuses d’un paysage. Sur la gauche un petit pan de muraille et quelques arbres d’une teinte assez forte prennent place après ce premier plan, et laissent deviner une petite vallée où se trouve le chemin qui conduit au pont. On comprend alors pourquoi les collines plus éloignées commencent à prendre une teinte vaporeuse due à la profondeur de la couche d’air intermédiaire en même temps qu’aux vapeurs réelles produites par les eaux qui coulent au pied de leur versant. Il y a encore cela de remarquable dans la répartition vraie et harmonieuse des lumières et des ombres, que les parties éclairées sont disposées sur les parties privées de lumière/et que celles-ci se prêtent mutuellement, secours pour mieux faire valoir l’effet général et rendre plus clair à l’œil du spectateur la forme et les couleurs de tous ies objets.

Texte H. VANDER-BUBCH.