Il est très facile de se perdre dans les dédales des bibliothèques numériques, d’oublier l’objet initial des nos recherches. Et de détours en détours, on découvre des artistes peu connus et pourtant plein de talent. C’est le cas de l’artiste que je vous présente, Raphael Freida.

Son parcours

détourage d'un personnage dans une Illustration de Raphaël Freida dans Hérodias

Raphaël Freida est né le 26 mai 1877 à Digne. Il étudie aux Beaux-Arts de Lyon puis à Paris dans l’atelier de Jean-Paul Laurens. Il commence comme cartonnier pour la fabrique de vitraux de Felix Gaudin à Paris et dessine le vitrail de l’église nouvelle St Honoré d’Eylau à Paris (1909)

Au Salon des Artistes de 1907, Freida présentera le carton Les Rois mages (réalisé pour  la firme Zettler à Munich)  pour lequel il recevra une mention. Il participe aussi à la création d’affiches publicitaires pour les éditions Camis & Cie

Il travaille ensuite pour des éditions de luxe comme illustrateur, avant d’être appelé au service actif en 1914.

L'illustrateur

On dénombre 5 livres  illustrés par Freida , aujourd’hui classés dans les livres rares:

Après-guerre, il reprend son métier d’illustrateur et réalise des eaux-fortes pour Thaïs d’Anatole France (1924), et pour Hérodias de Gustave Flaubert (1926).

Illustrations d'Hérodias

Il réalise  ensuite 12 eaux-fortes pour le Jardin des supplices d’Octave Mirbeau. Illustrations pour lesquelles il obtiendra la médaille d’or du Salon des Artistes en 1928.

Dans Le jardin des supplices, les corps sont sous tensions, mutilés, et font l’objet d’un érotisme morbide. Le trait est chargé d’agressivité et incisif. Le lecteur ne peut que se sentir mal à l’aise face à une telle expression de douleur et de cruauté.  (extrait des gueules cassées représentées par les peintres)

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Illustrations du Jardin des supplices

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Les gueules cassées

Pendant la guerre, Raphaël Freida a été chargé, par le service de chirurgie maxillo-faciale de Lyon, de produire des dessins des « Gueules cassées » ,  ces soldats mutilés de la face. Son portfolio intitulé « Les misères de la Guerre » présente des portraits poignants de ces hommes mutilés.

page de garde

La majorité des œuvres artistiques réalisées pour le compte des centres de chirurgie maxillo-faciale, dont beaucoup sont conservées au musée du Val-de-Grâce, a pour seul objectif une représentation clinique des lésions et de la chirurgie réparatrice. Freida va plus loin en réalisant de véritables portraits de ces gueules cassées. Le portrait ne vise pas à représenter seulement un être humain, mais témoigne d’un intérêt pour l’individu en particulier dont l’identité gravite autour du regard que saisit justement Freida. Ce regard est souvent absent, tourné vers l’intérieur. (extrait des gueules cassées représentées par les peintres)

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Fin de l'histoire

Son style emprunt de violence et de douleur ne semble pas être apprécié. Son dessin est incisif, il en émane de l’agressivité et son travail est rejeté. À partir de 1929, il entre dans la période la plus misérable et douloureuse de sa vie. Il n’exposera presque plus au Salon des Artistes et n’aura plus de commandes.

Il décède d’une broncho-pneumonie le 25 décembre 1942, à l’âge de 65 ans à l’hôpital Broussais et  il est inhumé à la fosse commune.

Aujourd’hui, il aurait toute sa place aux cotés des artistes comme Ernest-Pignon Ernest, Safet Zec ou Oldřich Kulhánek pour ne citer qu’eux.


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