Retour du Condottière

Depuis quelques mois on peut revoir sur les cimaises de la Grande Galerie à Denon au Louvre (salle 710) le tableau d’Antonello de Messine, Le Condottiere. Le tableau a été restauré en 2018 par Annie Hochart-Giacobbi. 

Mais ce tableau est une véritable énigme et a déjà fait couler beaucoup d’encre …

Le tableau

Le Condottière d'Antonello de Messine

La photo est une contribution pour Wikipédia et date de 2013, il manque le bas du tableau avec la signature sur un papier peint en trompe-l'œil. Vous pouvez voir d'autres versions photo sur Wikimedia Commons

Le Condottière en 2019

Celle-ci est une version fraichement photographiée au Louvre. Le tableau est sous verre et les reflets gênent la prise de vue. Mais le tableau est plus lumineux et certains détails dans l'habit et le fond sont à nouveau visibles.

La restauration est trés subtile, la couche de vernis oxydé a été amincie pour gagner en luminosité et les anciens repeints ont été enlevés. Ce qui a, semble t-il, permis de retrouver les détails et les subtilités chromatiques du fond.

Le support est en bois de peuplier est mesure 30 x 36 cm 

La technique

Derrière ce tableau c’est une part de l’histoire de la peinture à l’huile que l’on découvre. Vasari nous raconte dans un de ses livres sur les peintres comment Antonello de Messine a soutiré à Van Eyck son secret sur les  glacis pour ensuite introduire ces nouvelles techniques en Italie. L’histoire nous est racontée sur le site Tableau célèbre.com

Mais d’autres historiens démentent cette thèse car il est peu probable que la rencontre entre les 2 artistes ait eu lieu. Messine était encore un enfant à la mort de Van Eyck. (lire biographie)

Paolo Merloni pour sa part nous explique le rapprochement entre les techniques flamandes et italiennes à travers l’art du portrait

Antonello da Messina - Portrait d'homme, dit le Condottiere - 1475

Théophile Gauthier dira de ce tableau : « C’est l’absolu du portrait. Le style le plus fier s’y allie admirablement à la vérité la plus exacte. Le dessin serre les formes avec une précision étonnante, et une couleur inaltérable, comme celle de la mosaïque, s’étend sur un modelé d’une finesse et d’une vigueur sans rivales… »

Le personnage

La part de mystère sur l’identité du modèle nous est en partie expliquée ici :

L’expression inoubliable du modèle et la fierté de son regard ont valu au tableau le surnom de « Condottiere » (les « condottieri » étaient les capitaines des armées de mercenaires que les différents États d’Italie engageaient). Le « Condottiero » du Louvre reflète toutes les innovations d’Antonello dans l’art du portrait. La fermeté de la mise en page, la présentation en buste de trois quarts donnent une impression de relief sur le fond sombre. Ce portrait manifeste une grande pénétration psychologique à laquelle s’allie le regard impressionnant, direct, glacé et presque cruel de l’homme de guerre. Toutes ces caractéristiques témoignent de la parfaite assimilation, par le peintre, de la typologie du portrait élaboré en Flandre par Jan van Eyck et Petrus Christus.

extrait de l’article Portrait vénitien

Et pour finir, j’ajoute le livre de Georges Perec, Le Condottière aux éditions du Seuil.

Gaspard Winckler, le héros de ce roman, s’est voué depuis des mois à réaliser un faux Condottière qui rivalise à tout point de vue avec celui du Louvre, peint par Antonello de Messine en 1475. Prince des faussaires, il n’est pourtant que le simple exécutant d’un commanditaire, Anatole Madera.

lire la suite du résumé …. 

Pour ma part, c’est un portrait que je tenterai volontiers de copier pour la technique. Mais le fait qu’il soit à Denon dans la grande galerie me rebute un peu car l’emplacement n’est pas facile pour faire une copie.

En tout cas, si vous passez par là … n’oubliez pas de vous arrêter devant ce chef d’œuvre  


%d blogueurs aiment cette page :