Connaissez vous Auguste Lepère?

« Lepère est exactement le type de l’artiste qui s’avouait plus artisan qu’artiste. Il  est le parfait faiseur d’images d’autrefois » . 

C’est ce que l’on peut lire de cet artiste dans la presse de l’époque. Il rêvait de peinture mais c’est comme le plus extraordinaire graveur sur bois qu’il est le plus connu. Et à une époque où les procédés photographiques sont de plus en plus utilisés et que la gravure semble condamnée, il s’exprime avec beaucoup de talent et de modernité. 

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Avec un groupe d’artistes graveurs ils vont décider de publier 24 petites volumes intitulés les Minutes parisiennes  pour exprimer tout leur art:

« ils ont choisi leur imprimeur, M. Hérissey, à Évreux, qui a le goût de la belle et claire typographie, et qui compte faire de ces vingt-quatre petits volumes son chef-d’œuvre d’ exposition universelle pour l’ année 1900 . Ils ont voulu les papiers sur lesquels on imprimera , et qui sont de beaux et bons papiers et non des papiers factices destinés à une prompte disparition . Ils ont voulu leur mode de reproduction des dessins, des ornements, têtes de chapitres, lettres ornées, culs-de-lampe, et ici, il convient de s’arrêter un instant, car c’est la gravure sur bois qui a été admise comme moyen d’ expression. » 

J’ai sélectionné quelques gravures et mis un extrait du texte pour apprécier le travail d’illustration, mais allez feuilleter la version numérique sur Gallica.

Midi dans Paris

Auguste Lepère-gravure sur bois
Auguste Lepère-gravure sur bois
« La plupart courent à la soupe. C’est de tous les étages une dégringolade turbulente, la descente affamée des appétits. La rue grouille d’une foule soudaine, emplie à larges flots. Ouvriers et ouvrières, employés et commis de toutes les conditions, quelques minutes confondus, pressent le pas vers la becquée.
La « petite marchande » est particulière aux quartiers du centre. Dans d’étroits boyaux sombres, en empiétement sur une boutique, qui allège son loyer par cette sous-location, échoppe plus que débit, une maritorne puissante a installé fourneau et lèche-frite. Elle y surveille son pot-au-feu, en épluchant des pommes de terre qui chanteront dans la graisse bouillante, sur le coup de midi.
Une seule dépense est impérieuse, exigée, même en chômage, celle du « petit noir ».
Il se consomme au bar; comptoir arrondi dans la partie qui donne sur la rue; au centre se hâtent les serviteurs. Pour décor : une machine en cuivre rutilante qui tient de l’alambic et du percolateur. C’est dans cet appareil que s’accomplit le mystère de l’eau chaude transformée en
moka. »

Dans l'après-midi

cheurs, Quai d’Anjou

Il faut déserter les admirables quais , les passages de bateaux , la grève du petit bras de la Seine qui s’arrondit devant le quai d’ Anjou , près du massif Pont-Marie , cette grève toujours mouvementée des jeux d’ enfants , des travaux des déchargeurs, des baignades de chiens et de chevaux .
Il faut laisser à la pointe occidentale de l’ île, ces bateaux de pommes du Mail dans lesquels j’aimerais vous faire descendre avec moi . Contentez-vous, à l’ angle du pont Louis-Philippe, de humer le parfum qu’ils exhalent, l’odeur des vergers et du pressoir, qui évoquera pour vous la campagne verte et grasse de Normandie , les petits arbres en boule pliant sous le faix, la récolte, la carafe de cidre roux bue sous le pommier . Il faut quitter tout cela et nous en aller vers la Cité .

Notre-Dame

L’admirable cathédrale, restaurée, rapiécée, éreintée est vraiment une grande chose morte , un gigantesque sépulcre . Elle se dresse encore en beauté sur le fleuve avec ses contreforts et ses béquilles . Tel fragment de ses assises émeut toujours par sa force : on croirait ces pierres issues du sol, et c’est en nous le même sentiment de vénération que devant un arbre de cinq cents ans au milieu d’ une clairière .
Nous nous attardons , pourtant , à travers les escaliers , les couloirs , les galeries du Palais de Justice , et nous ne partons définitivement qu’après une station dans la salle des Pas-Perdus, qui est vraiment un endroit caractéristique de la comédie humaine moderne , avec sa blancheur froide de murailles , son style de tombeau , et tous ces hommes noirs qui l’ animent , passent , repassent, se groupent, se prennent par les épaules pour des confidences, rient comme au théâtre , arborent des airs importants .

De nos jours, les urbans Sketchers parisiens perpétuent cette tradition commencée avec Lepère. Et dans quelques décennies on regardera ces nouveaux témoignages de la vie parisienne avec beaucoup d’empathie. Je finis avec quelques gravures de notre ami Auguste :

Auguste Lepere - Marchande ambulante
couverture des Minutes Parisiennes
Auguste Lepère
La "petite marchande" est particulière aux quartiers du centre. Dans d' étroits boyaux sombres, en empiétement sur une boutique , qui allège son loyer par cette sous-location , échoppe plus que débit , une maritorne puissante a installé fourneau et lèche-frite . Elle y surveille son pot-au-feu, en épluchant des pommes de terre qui chanteront dans la graisse bouillante, sur le coup de midi .
Une seule dépense est impérieuse , exigée , même en chômage, celle du « petit noir ».

Je n’en ai pas fini avec les gravures d’Auguste Lepère , donc à suivre….


1 commentaire

Paris au hazard - DESSIN OU PEINTURE · 25 septembre 2019 à 7 h 00 min

[…] aux pommes, la Cathédrale de Rouen, et une vue de Westminster. Le travail d’illustration (déjà évoqué ici) et plus particulièrement l‘écriture de l’artiste est devenue en même temps […]

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